« - quarante ?! S'exclama Nathan.
- Juge par toi-même, lui répondis-je en lui fourrant le petit objet en verre dans les mains.
- Nina ! Ne me dit pas que c'est encore une de tes excuses tiré par les cheveux afin de manquer les cours. »
Je lâchais un grognement. Il était vrai que cela faisait plusieurs semaines-voir plusieurs mois- que je n'avais pas mis un pied à la fac. Après mon retour de New-York, je m'étais accordé quelques jours de repos afin de pouvoir reprendre mes repaires dans Paris et profité de la présence de mon frère. Aurélia, quant-à-elle, avait repris courageusement le chemin de son école de commerce en compagnie de Lucas, qui avait eu l'envie subite de suivre les mêmes cours qu'elle.
Après avoir dû subir plusieurs sermons de la part de mon frère, je m'étais enfin décidé à suivre exemple sur ma meilleure amie. Je n'avais cependant pas prévu l'arrivé de parasites dans mon organisme.
« -Ninaaaaa ! S'égosilla Aurélia depuis sa chambre. »
Je préférais l'ignorer. Son altesse quitta alors sa demeure afin de me rejoindre.
« -Ma Nina ! Qu'est-ce que tu fais encore au lit ? Tu ne devais pas reprendre les cours aujourd'hui ?
- Elle est malade, expliqua Nathan en lui montrant le thermomètre.
- Malade ? répéta-t-elle en s'approchant. »
Elle posa délicatement sa main fraiche sur mon front.
« -Il est brûlant, confirma-t-elle à l'adresse de mon frère. Mieux vaut la laisser ce reposer ce matin.
-Je vais appeler un médecin, renchérit-il.
-Vas-y. Moi je dois rejoindre Lucas.»
Elle me déposa un léger baiser sur la joue puis disparu dans le corridor. Nathan me lança un sourire encourageant puis quitta à son tour mon chevet. Il revint quelques minutes plus tard afin de m'annoncer que le médecin viendrait m'ausculter dans l'après-midi.
« Bien. Je te laisse te débrouillé toute seule ma Nina chérie. J'ai une réunion très importante tout à l'heure et je ne peux pas la manquer. Ça ne t'embête pas trop ?
-Mais non ! Tu sais à quel point je suis forte ! Je n'ai pas besoin de nounou. »
Comment pouvaient-ils laisser quelqu'un seul à l'agonie? Ils étaient pourtant bien ma seule famille ! Aurélia aurait pu décider de reporter son rendez-vous avec Lucas et de ne pas aller en cours afin de rester à mes côtés. Quand à Nathan, il aurait pu reporter sa réunion à plus tard !
Malgré la colère qui commençait à m'envahir, et qui par la même occasion faisait grimper ma température, je trouvais le courage de me lever et d'atteindre le salon, avec seulement sur le dos une chemise de nuit et une robe de chambre. Je m'installais sur le canapé, une boite de mouchoir à la main et fixais l'écran de la télé, vide.
S'il y avait bien une chose que je haïssais plus que tout, c'était le fait d'être malade. Je m'ennuyais ferme et rien n'arrivais à tromper mon ennuie. Peu à peu une pile de mouchoir usé commença à se formé à côté de moi. Je n'arrivais pas à trouver le sommeil. Mon esprit était complètement embué et l'arrivée du médecin se faisait tarder.
Quelques heures plus tard, la sonnette retentit enfin. Je me levais avec peine et massais mes muscles endoloris. La sonnette retentit une nouvelle fois. Je pressais le pas malgré la faiblesse de mes mouvements. J'atteignis la porte, complètement essoufflé et l'ouvrit. J'aperçu alors le visage de Bill dans l'interstice. Je fus soudain soulagé d'avoir oublié, dans mon empressement, de retiré la chaîne de sécurité.
« -Bonjour Nina. »
Un magnifique sourire angélique illumina son visage. Il rejeta élégamment une de ses mèches brune en arrière puis posa une main sur le mur et se rapprocha de la fente par laquelle je l'apercevais.
« -Tu veux bien m'ouvrir ?
-Pourquoi es-tu venu ? Demandais-je d'une voix faible.
-J'ai appris que tu étais malade aujourd'hui. Je suis donc venu te tenir compagnie.
- Qui t'a mis au courant ?! »
Il rit.
« -Disons que c'est...un messager divin. »
Devais-je tuer Aurélia ou la remercier d'avoir envoyé quelqu'un pour soutenir la mourante que j'étais ?
Je n'avais ni la force ni l'envie de le renvoyé chez lui.
« -Tu sais Bill, si tu restes ici, je risque de te contaminer. »
Je vis ses yeux pétiller.
« -Tu préfères rester seule ici ? J'ai pourtant apporté de quoi te désaltérer. »
J'aperçu dans sa main un récipient sur lequel se reflétait le logo de mon café préféré.
« -C'est un cappuccino ? Demandais-je.
-Oui. Et j'ai aussi pris un café moka pour moi. Mais je ne te le donnerai que si tu me laisse entrer. »
Je réfléchis un instant.
« -Tu n'as pas rien de prévu aujourd'hui ? Pas de concert, de séance d'autographes...rien de tout cela ? »
Il secoua la tête.
« -Tout ce que je veux c'est rester auprès de toi. Mes amis passent avant tout le reste.
-Tes amis...murmurais-je. »
J'étais heureuse de constater que notre dernière discussion n'avait pas été un rêve, comme je l'avais cru au début. Je tirais la chaine de la porte et le laissais entrer. Il passa devant moi et pris la direction de la cuisine.
« -Je vois que tu te rappelle très bien des lieux, commentais-je, tu n'es pourtant venu qu'une seule fois. »
Il s'arrêta en plein milieu de sa course, fit volte face et sourit.
« -Je suis revenu ici après ton départ, déclara-t-il.
-Quand ça ?!
-Aurélia m'a invité, ainsi que Tom. Je voulais qu'elle me parle de toi. Et Tom voulait la revoir.
- Es-tu bien sûr qu'il voulait sincèrement la revoir ? Dis-je, sceptique. »
Bill haussa les épaules. Sa réaction me mis hors de moi mais j'étais trop fatigué pour hausser la voix.
« -Sais-tu seulement à quel point elle l'aime ? Grondais-je. Comment peux-tu soutenir les actes de ce poulpe à casquette alors que tu sais qu'il lui brisera le c½ur ? »
Il baissa lentement les yeux et attendu un long moment avant de me répondre.
« -Parce que je ne suis pas sûr de la teneur de ses sentiments. Parfois j'ai l'impression qu'elle est comme toutes les autres filles pour lui, un passe-temps. Mais parfois...
-Parfois ?
-J'ai le sentiment qu'elle compte plus à ses yeux qu'il ne veut l'avouer. Mais il faudrait malheureusement qu'un évènement tragique arrive pour qu'il ne s'en aperçoive.
-Un évènement tragique ?
-Oui. Un accident. Ou...sa disparition...
-Tu sous-entends qu'il faudrait qu'Aurélia meure pour que le céphalopode à baggy se rende compte de ses sentiments pour elle ?! Le quitté ne suffirait pas ?
-Tom n'est pas comme ça. Si une fille trouve son bonheur auprès d'un autre, il ne lui courra pas après. Pour l'instant il aime être en compagnie d'Aurélia mais il n'est pas fidèle. Il ne pense pas être l'homme d'une seule femme. Il sait qu'ainsi s'il en perd une, il y en aura toujours une autre pour le consoler même s'il préférait celle d'avant.
-Ton frère est tordu.
-Au moins, lui ne voit pas en Aurélia un substitut de son ancienne petite amie. »
Bill n'avait pas complètement oublié la conversation que nous avions eue le soir la première d'Eric. Après son discours sur l'amitié, j'avais pensé qu'il avait abandonné cette idée de « substitut ».
« -Et bien, à propos de ça Bill...commençais-je.
-Ce n'est rien ! Oublions tout ça. Nous sommes amis après tout. Nous n'avons jamais été rien d'autre que cela, n'est-ce pas ?
-C'est exact. »
Après avoir rapidement fait le ménage dans le salon tandis qu'Bill m'attendait dans la cuisine, je me précipitais à l'étage afin de voir si j'étais dans un état convenable. Lorsque je redescendis les escaliers, Bill s'était installer dans le salon et admirais mon immense collection de DVD.
« -Tiens ! Je ne l'ai pas vu celui-là, dit-il en pointant son doigt sur l'un d'eux.
-Et bien prend-le. Je te le donne. »
Bill s'en empara puis introduit le disque dans mon lecteur de DVD.
« Merci, mais je préfère le regarder tout de suite. »
J'hochais la tête et vint m'installer sur le canapé. Il alluma la télé puis s'installa près de moi, la télécommande dans une main et l'autre étaler le long du dossier.
« -De quel film s'agit-il ? Demandais-je.
-C'est une surprise ! répondit-il malicieusement. »
Le générique du film démarra tranquillement. Je callais ma tête contre l'un des rebords du canapé et fermais légèrement les yeux. J'étais en train de somnoler lorsqu'une voix me sortie des bras de Morphée. Mon c½ur fit un bond lorsque je la reconnue. Je me relevais et inspectais les alentours avant de comprendre enfin d'où celle-ci venait.
« -Mais c'est... ! M'exclamais-je en pointant mon doigt sur l'écran de la télé.
-Le film « my heart », Termina Bill, hilare. J'avais envie de voir si Eric était aussi bon acteur que tout le monde le prétend.
-Tu es sûr de vouloir voir ce film ?
-Oui. Sauf si cela te gêne de voir ton petit ami à l'écran.
-Pas du tout, rétorquais-je. »
J'attendis quelques secondes avant d'ajouter :
« -Et ce n'est plus mon petit ami. »
Bill ne put réprimer un sourire.
Plus les minutes passèrent et plus je me sentais sereine. Une douce brise s'était infiltrée par la fenêtre du salon, entrouverte. Je vis Bill se rapprocher de moi et faire glisser lentement sa main sur mon épaule.
Je me rapprochais à mon tour de lui et posais ma tête sur son épaule. La chaleur de son corps m'apaisa immédiatement. Mes muscles courbaturées se relâchèrent et les picotements qui assaillaient ma gorge depuis mon réveille se calmèrent. C'était la première que quelqu'un jouait pour moi le rôle de calmant humain.
Peu à peu mon médicament humanoïde se détendit à son tour et posa également sa tête sur la mienne.
Son souffle chaud effleura ma peau. Je m'appuyais un peu plus contre lui et posait ma paume dans la sienne tandis que de sa main libre il passait doucement sa main dans mes cheveux.
Le temps qui passait n'avait plus d'emprise sur nous. Nous étions tout les deux enfermés dans une bulle, loin du monde extérieur. Même la voix d'Eric se perdait au loin tel un écho d'un lointain passé. Je finis par me demander si le but de Bill avait été bel et bien celui de voir ce film ou non. Mais cela n'avait plus d'importance à présent.
Il arrive parfois que l'on se demande comment nous avions fait pour vivre avant d'avoir rencontrer telle ou telle personne tant celle-ci compte à nos yeux. Je pensais, dans mon cas, que ceci ne pourrai jamais s'appliquer à d'autre personne que mon frère et Aurélia. Je n'avais aucune raison de douter jusqu'à maintenant. Aucune. Et pourtant...
La musique du générique de fin arriva enfin. L'écran de la télé était devenu soudainement noire, laissant défiler un panel impressionnant de noms de gens ayant participé au développement du film. La pièce s'était, par la même occasion, elle aussi assombrie. Le temps au dehors était à l'orage et de gros nuages noirs laissaient déjà tomber de fine gouttelettes sur les carreaux de l'appartement. Je plongeais mon regard dans celui de Bill. Il semblait aussi désorienté que moi. Ses magnifiques yeux couleur bronze continuaient cependant à me fixer, sans ciller. Ses joues s'étaient légèrement empourprées à l'instar des miennes. Il ne laissait néanmoins apparaitre aucune trace de stresse ou d'anxiété.
Au bout d'un moment il se redressa délicatement et relâcha son étreinte. Les ombres de la pièce faisaient encore plus ressortir la finesse de ses traits. Je n'avais jamais remarqué à quel point les courbures de son visage étaient aussi parfaites. Son nez était droit à peine busqué, un sourire ravageur, un regard sensuel encadré par de longs cils noirs et des fossettes au creux des joues.
Je compris soudain qu'il était également en train de me détailler. Je détournais brusquement la tête. Lorsque mon regard se posa à nouveau sur lui, j'aperçu sa langue passer lentement sur ses lèvres. J'étais comme hypnotisé. L'envie idiote d'y déposé un baiser m'effleura l'esprit. Je chassais rapidement cette idée.
Mes mains commençaient à devenir moite mais cela n'empêcha pour autant pas Bill d'entrelacer ses doigts entre les miens.
J'aurai voulu que cet instant dure une éternité.
« Bill, j'aimerai vraiment apprendre à te connaitre, murmurais-je. »
Son visage se fendit d'un sourire.
« -Et que veux-tu savoir de moi sublime Nina ?
-Tout. »
Il approcha son visage du mien et pris soudain un air grave. Je posais ma main sur sa joue. Sa peau était tellement douce.
« -Cela faisait longtemps... »
Je l'encourageais à poursuivre d'un sourire bienveillant.
« -Oui ?
-Cela faisait bien longtemps que j'attendais que tu me demande ça. »
Je sentis mon c½ur faire un bond. Une voix me soufflait qu'il valait mieux que j'interrompe cette discussion sur le champs. Je ne savais pas encore si je voulais dépasser le stade de l'amitié avec Bill. Mais une chose était sûre cependant. Je ne voulais pas le perdre. Je voulais en apprendre plus sur lui. Je voulais qu'il puisse faire partie de mon univers au même titre que Aurélia et Nathan. Il était la première personne pour laquelle je ressentais cela. C'était une sensation bien étrange mais pas désagréable pour autant.
«-Très bien alors raconte-moi tout, m'entendis-je lui répondre. »
Le bellâtre ne se le fit pas redemander deux fois. Il commença par me raconter sa vie à Manchester en compagnie de son frère, le prince poulpe et de leur mère. Puis de leur déménagement à Londres et de son remariage avec son actuel beau-père. De sa passion pour le chant et de son rêve de devenir un jour célèbre. Ainsi que tout les sacrifices qu'il avait fait afin de le réalisé. Puis il termina enfin par ce fameux de février où il m'avait rencontré.
« -Comprends-tu maintenant ce que j'ai ressenti à ce moment-là ? J'avais enfin réalisé mon rêve, maintenant beaucoup de gens m'adule et pourtant il y avait cette fille au milieu de la foule qui me fusillait du regard. J'étais perdu, je ne savais pas comment réagir. Tu étais la première personne à me troubler ainsi.
-Vraiment ? Tu n'as jamais eu de petite amie autoritaire ?
-Je n'ai jamais eu de petite amie. »
J'étais sous le choc.
« -Comment cela se fait-il ? Avec un frère pareil !
-Disons que j'ai vu mon frère brisé tellement de c½ur que cela m'a passé l'envie de faire la même chose. Je me suis toujours dit que la première fille avec laquelle j'aurai une vraie relation sera celle avec qui je passerai ma vie.
-Tu recherche la perfection ? Et si tu te rends compte qu'elle n'est finalement pas comme tu l'imaginais ?
- Je n'aurais aucun doute avant de m'engager. Je sais que même si cette fille est bourrée de défaut, elle sera parfaite...à mes yeux. »
Je sentis un frisson me parcourir l'échine. En disant ses mots Bill n'avait même pas esquissé le moindre sourire. Il restait calme et pausé malgré son discours enflammé.
Il me demanda ensuite de lui parlé de moi, de mon enfance. De la façon dont j'avais rencontré Aurélia et tout ce dont avait été fait mon quotidien jusqu'à aujourd'hui. Nous aurions pu discuter comme cela des heures durant. Mais c'était sans compter le retour d'Aurélia.
« -Alors ma Nina qu'à dit le médecin ? S'exclama-t-elle avant même d'avoir franchi le seuil de la porte.
-Il n'est pas venu, lui répondis-je. »
« -Il n'est pas venu ?! répéta-t-elle en se précipitant à ma rencontre. Comment ça se f.. ? Oh ! Je comprends mieux. Salut Bill !
-Salut Aurélia.
-Ne tire pas de conclusions hâtives, la prévins-je.
-Non, non ne t'en fait pas, dit-elle en lui adressant un clin d'½il complice. Mais je me demande quand même pourquoi le médecin n'est pas passé. Nathan l'a pourtant bien appelé ce matin ! »
Bill cacha son visage dans la pénombre de la pièce. Je pu néanmoins y voir se dessiner un sourire moqueur. J'attendis que ma meilleure amie s'éloigne pour lui en demander la raison.
« C'est moi qui lui ai demandé de partir, expliqua-t-il en riant.
-Comment ça ?
-Lorsque je l'ai aperçu à l'entrée de l'immeuble, cherchant le numéro de ton appartement, j'ai eu peur qu'il ne vienne gâcher notre moment d'intimité. Je l'ai donc dissuadé de venir te rendre visite.
Mais ne t'en fais pas je ferais venir dès ce soir mon médecin personnel. Il te soignera mieux que ce charlatan. »
Je ris.
« -Nathan choisis toujours ce qu'il y a de mieux pour moi. Ce médecin était forcément le meilleur. »
Bill ne répondit pas. Il se contenta de me déposer un baiser sur le front et de ramasser ses affaires.
« -Repose-toi bien Nina. Je repasserai te voir demain matin. »
Puis il quitta l'appartement.








